04/09/2012 – 09h00 NANTES/NAONED (NOVOpress Breizh) – Le musée des Beaux-Arts de Nantes vient d’acquérir une Å“uvre de Jacques-Louis David (1748-1825) : « L’Allégorie dela Révolutionà Nantes ». Un dessin préparatoire pour une composition glorifiant le maire de Nantes Christophe-Clair Danyel de Kervégan (1735-1817).
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Il date de 1790 ou de 1791 à l’époque où l’armateur exerce un deuxième mandat. Présent à Nantes au printemps 1790, David qui connaît bien l’architecte Crucy est très proche des édiles nantais, tous acquis à la première révolution, modérée, bourgeoise et bienfaisante en tout, pour reprendre un maître mot des Lumières. Kervégan lui a commandé une toile de circonstance que David ne fera pas car la Révolution tourne et elle met vite à l’écart les premiers artisans de la chute de l’absolutisme. Mais l’ébauche en donne une idée précise. A la proue d’un de ses vaisseaux, sur la passerelle, Kervégan, vêtu à l’antique, accueille d’un geste ample tout un cortège de malheureux, femmes et enfants surtout, libérés de leurs chaînes, qui l’implorent et se prosternent.Â
Ce dessin est superbe et le pathos au rendez-vous. Il adhère parfaitement à l’idéologie picturale dela Révolutionqui se veut à la fois tragique et édifiante, toute gonflée d’espérance. Ce qui sera, notons-le au passage, la marque esthétique des régimes totalitaires du XXème siècle, soviétique, nazi ou maoïste…Â
Voilà pourquoi on attend avec impatience la petite exposition promise pour la réception du dessin de David. Ce sera un exercice de style délicat, à mener selon les règles du « politiquement correct ». Il faudra donc écarter deux pistes de réflexion :Â
- En premier, le caractère caméléonesque et parfaitement veule du meilleur peintre de sa génération. Un homme qui a servi tous les régimes, auprès des puissants. Son talent aidant, David a su conduire bien des Å“uvres de circonstance et son « Sacre de Napoléon Ier » est un moment majeur de la peinture française. Plus tard, il en fut de même pour Picasso qui sut faire de son « Staline », commandé par le Parti à la mort du dictateur (1953) un jovial caucasien, au grand dam des camarades qui le lui firent savoir.Â
- En second, la « belle figure » du commanditaire, le négrier Kervégan qui, ici, en pleine imposture, fait monter à son bord des malheureux de race blanche, pour les libérer, lui qui vit du bois d’ébène. Un révolutionnaire qui devient chien de garde de l’ordre social lorsqu’il fait disperser à coups de crosse les paysans venus se plaindre d’une énième augmentation d’octroi aux portes de Nantes (6 mars 1790). Pour la suite, Kervégan prend ses distances avec le nouveau pouvoir et ne revient à la mairie que sous le Directoire, probablement le plus corrompu de tous les régimes républicains. Il finit en dignitaire du Consulat et de l’Empire avant de saluer le retour des Bourbons, les affaires d’abord.Â
En 1977, Jean-Joseph Régent crut bon de donner son nom à un « centre d’études et de réflexion » présidé aujourd’hui par le socialiste Jacques Floch. Au fond, des palinodies de Kervégan et des « opportunités » de David à l’actuel « institut Kervégan » la boucle est bien bouclée.Â
Clément Mesdon
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