15/05/2012 – 10h00 DERRY (NOVOpress Breizh) – L’an dernier, révèle le Guardian, les violences physiques et les agressions armées des milices républicaines – qui luttent contre la drogue – ont contraint plus de 200 jeunes gens à quitter Derry, qui deviendra la capitale culturelle (City of Culture) de la Grande-Bretagne en 2013. Un phénomène qui manifestement trouble la ville du Bloody Sunday.
 
En 2011, selon les chiffres de la police, au moins 85 hommes ont été blessés par armes à feu au cours d’agressions « punitives » du groupe Republican Action Against Drugs (RAAD). Dans certains cas, les victimes, adolescents ou jeunes adultes pour la plupart, ont été forcées de se rendre en compagnie d’un parent ou d’un proche à un rendez-vous prévu à l’avance au cours duquel elles ont été délibérément blessées sous l’accusation de trafic de drogue ou d’un autre délit présumé.Â
Martin McGuinness, ancien chef de l’IRA provisoire devenu vice-Premier ministre d’Irlande du Nord, a fait un geste sans précédent en appelant le public de sa ville natale à dénoncer les paramilitaires républicains responsables de ces actes. Selon les chiffres fournis par les associations de Derry qui négocient entre les RAAD, l’IRA « Véritable » (Real IRA) et les victimes, jusqu’à quatre hommes se trouveraient obligés quitter la ville chaque semaine.Â
Alors que Derry se prépare à devenir la « Cité dela Culture » du Royaume-Uni, les familles des personnes visées, en particulier la mère d’une victime assassinée par les RAAD en février, disent vivre dans « une cité de la peur ».Â
John Lindsay, un habitant de Derry, vient de publier un livre sur la violence, No Dope Here (« Pas de drogue ici »). « Chaque semaine, en moyenne, les RAAD et autres milices forcent environ quatre jeunes hommes à quitter la ville », a-t-il déclaré au Guardian, documents en main.Â
Selon Lindsay « ces chiffres sont ceux d’au moins deux associations appelées à faire le lien entre ces hommes et les organisations. Au bas mot, plus de deux cents personnes ont été chassées de Derry au cours des douze derniers mois. Elles s’en vont vers des endroits divers, Belfast, Armagh, Dublin et bien sûr l’Angleterre, partout où elles peuvent se réfugier auprès d’amis ou de parents. Et elles sont prévenues : si elles ne s’en vont pas, elles seront blessées par balle, voire tuées. »Â
Un nouveau pas a été franchi en février dernier avec l’assassinat par des hommes armés des RAAD d’un ex boxeur de Derry, Andrew Allen, 24 ans, chez un de ses proches, dans le comté de Donegal, juste de l’autre côté de la frontière. À en croire sa famille, les extrémistes républicains avaient décidé de le tuer parce qu’il avait eu le culot de leur tenir tête.Â
La mère d’Allen, Donna Smith, assure que le processus de paix ne signifie plus rien pour elle ni pour sa famille. « Comment peuvent-ils parler de Cité de la Culture quand ils (les RAAD) se mettent à massacrer les enfants ? » dit-elle en ajoutant « il faut faire quelque chose, il faut les arrêter avant qu’une autre famille ne se trouve dans la même situation que nous : moi privée de mon fils, mes autres enfants privés de leur frère et deux petits enfants privés de leur père. » Plusieurs manifestations ont été organisées contre les agressions, dont une le mois dernier. Juste avant, un jeune de 18 ans avait été blessé par balle aux deux jambes.Â
Bien que certains membres des RAAD soient d’anciens militants de l’IRA favorables à la fin de la « guerre » contre la Grande-Bretagne et qui ont refusé de rejoindre l’IRA Véritable, opposée au processus de paix, McGuinness a condamné la campagne des milices avec une vigueur sans précédent.Â
 « Il est tout à fait évident à mon avis que la communauté commence à se dresser contre ces actes », déclare-t-il, « et il donc très clair que les RAAD sont en train de faire la plus grosse erreur de leur vie. Ils s’attaquent à un morceau trop gros pour eux, car si la communauté de Derry se dresse contre vous, alors vous vous n’allez absolument nulle part. Or je crois, a-t-il poursuivi, que ces gens (les RAAD) doivent aller quelque part : ils doivent aller en prison. Et j’espère bien qu’à la suite de cette levée de bouclier contre les activités des RAAD des gens se décideront à révéler tout ce qu’ils savent sur ce groupe. »Â
Pour McGuinness, qui fut commandant en second de l’IRA Provisoire dans la ville du Bloody Sunday, les justiciers républicains sont « les nouveaux oppresseurs du peuple de Derry ». La police a juré de poursuivre les responsables. Mais les agressions « punitives » n’ont encore donné lieu à aucune poursuite et personne n’a été inculpé pour l’assassinat d’Allen.Â
Crédit photo : Clemensfranz, via Wikipédia, licence CC
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