La grande surprise des élections sénatoriales du 25 septembre, c’est le Morbihan ; on y a assisté à un véritable tsunami puisque la gauche, à la surprise générale, a raflé les trois sièges.Â
Les ambitions du PS étaient modestes au départ ; il s’agissait simplement de sauver celui d’Odette Herviaux, maire de La Croix Hélléan(750 habitants), élue accidentellement sénateur il y a dix ans. Jean-Yves Le Drian – le grand patron des socialistes, par ailleurs président du conseil régional de Bretagne – avait donc concocté une liste capable de ratisser large, pour ne pas perdre une seule voix à gauche et à la périphérie. D’où l’octroi généreux d’une place à Michel Le Scouarnec (PCF), maire d’Auray, et une seconde à Joël Labbé (EELV), maire de Saint-Nolff – deux personnages populaires et considérés comme étant de bons maires. L’affaire ressemble fort à une fausse générosité puisque les deux « compagnons de route » ne possédaient aucune chance d’être élus ; c’était l’avis général. Leur mission semblait la plus simple qui soit : aider Odette Herviaux à retourner au Palais du Luxembourg, étant entendu que la réélection de cette dernière semblait relever du miracle.Â
 A droite, on était donc parti pour réaliser le grand chelem en mettant la main sur les trois sièges. Simple promenade de santé, car pas de listes dissidentes, pas d’électron libre jouant sa carte en solo – l’UMP ne présente qu’une seule liste. Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Avec un seul mot d’ordre : unité.Â
D’autant plus que les trois candidats étiquetés UMP font figure de poids lourds de la politique morbihannaise. Jo Kerguéris, sénateur sortant, était président du conseil général jusqu’à mars 2011 ; François Goulard, ancien ministre, ancien maire de Vannes, député de la circonscription de Vannes, est président du conseil général du Morbihan ; Jacques Le Nay est député-maire de Plouay. Toutes les conditions sont remplies pour remporter une large victoire.Â
Patatras ! Dès le premier tour, Odette Herviaux (PS) est réélue avec quatre-vingt une voix de plus que la majorité absolue. Au second tour, le communiste Michel Le Scouarnec et l’écologiste Joël Labbé décrochent la timbale en mettant une centaine de voix dans la vue à MM. Le Nay et Goulard – M. Kerguéris avait jeté l’éponge à l’issue du premier tour.Â
« Autant je peux comprendre la réélection d’Odette Herviaux, une personne sympathique qui a fait une bonne campagne, autant voir Joël Labbé et Michel Le Scouarnec l’accompagner au sénat me laisse sans voix. Je n’en reviens pas » assure Josselin de Rohan (UMP) sénateur sortant qui avait choisi de prendre sa retraite à 73 ans. C’est peut-être lui qui donne la meilleure explication concernant la défaite de François Goulard, de Jacques Le Nay et de Joseph-François Kerguéris (73 ans) : « Les grands électeurs ont eu deux réflexes : les députés chez eux et les gens qui ont l’âge de la retraite, à la retraite ! » Le duc de Rohan voit également juste lorsqu’il ajoute : « On (l’UMP) a vraiment intérêt à préparer des candidats jeunes, car il faut travailler dès maintenant à la reconquête ». La tâche risque d’être difficile…
En ne prévoyant pas ce chambardement, Jean-Yves Le Drian a fait un formidable cadeau aux communistes et aux écologistes dont la faiblesse électorale est patente dans le Morbihan. Pour donner un point de comparaison, notons que les deux candidats UDB ont obtenu l’un 30 voix et l’autre 38 voix au premier tour. A coup sûr, si M. Le Drian et ses amis avaient pressenti ce raz-de-marée, ils auraient « omis » d’embarquer sur leur liste MM Le Scouarnec et Labbé. Fort logiquement, les socialistes auraient tout gardé pour eux car ils n’ont pas la réputation d’être des « partageux ». Au mieux, ils auraient autorisé le communiste et l’écologiste à monter sur le porte-bagages en tant que suppléants, mais pas d’avantage.Â
C’est ce que doit penser Hervé Pellois, maire de Saint-Avé, président du groupe de gauche au conseil général du Morbihan, qui attend son tour depuis longtemps. A défaut de devenir député, sénateur peut convenir.Â
L’élection de Joël Labbé va évidemment compliquer la vie des socialistes au Palais du Luxembourg. Car, en renforçant les écologistes, on les rend de plus en plus gourmands ; leurs prétentions vont croissantes au grand désespoir du grand frère socialiste – on l’a vu en Loire-Atlantique lors des dernières élections cantonales. Leur première revendication : obtenir de la nouvelle majorité de gauche une modification du règlement. Puisqu’ils sont dix, les écologistes réclament l’abaissement du nombre de sénateurs nécessaire pour constituer un groupe parlementaire à dix – il est actuellement de quinze. Un groupe assure l’autonomie matérielle et politique ; ce qui procure aux écologistes les moyens d’embêter les socialistes sur toutes les grandes questions – nucléaire, LGV, régionalisation…N’oublions pas que les alliés ( ?!) socialistes et écologistes sont en désaccord sur tous les sujets pointus. Leur alliance n’est que circonstancielle – uniquement électoraliste.
Si c’était à refaire, Jean-Yves Le Drian aurait laissé Michel Le Scouarnec à Auray et Joël Labbé à Saint-Nolff.
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