Grâce aux élections cantonales, on sait désormais ce que les habitants de Notre-Dame-des-Landes pensent du grandiose projet de Jean-Marc Ayrault de construction d’un aéroport à vocation internationale sur le territoire de cette petite commune agricole de Loire-Atlantique.Â
Les chiffres parlent. Au premier tour Notre-Dame-des-Landes est sans doute la seule commune bretonne où le candidat d’Europe Ecologie les Verts (EELV) arrive en tête (36,52%), devançant largement le candidat socialiste (21,35%). Résultat logique.Â
Il n’est pas inutile de rappeler en effet que tout sépare, sur le plan idéologique, les socialistes et les écologistes. Les premiers sont acquis au principe du productivisme, tandis que les seconds défendent la thèse de la décroissance. D’où leur désaccord total et définitif dans le dossier de Notre-dame-des-Landes. Sur le reste, leur « entente » (?!) n’est qu’apparence et doit être qualifiée de « contrainte électorale » – mode de scrutin oblige (scrutin uninominale majoritaire à deux tours).Â
Bref, les ruraux de Notre-Dame-des-Landes ont donné la préférence au candidat qui s’opposait au projet cher au député-maire de Nantes. Ils ont donc voté « écolo » pour la première fois de leur vie… Malheureusement pour eux ce combat ressemble à celui de David contre Goliath. Car ces « petites gens » ont contre elles les « puissants » ; toutes les élites économiques et financières veulent cet aéroport, itou pour la droite et la gauche.Â
Une demi-heure pour se dire qu’on s’aime…Â

Jean-Philippe Magnen: "j'ai le sentiment que les socialistes ne souha^tent pas voir l'évolution de l'électorat de gauche".
En Bretagne, à l’occasion de ces élections cantonales, l’affrontement a été franc et massif entre les socialistes et les Verts. Tout particulièrement en Loire-Atlantique où l’affaire de Notre-Dame-des-Landes accentue les antagonismes. Les choses ne se sont pas arrangées au soir du premier tour des cantonales. Les responsables d’EELV et du PS ont tenté « de trouver un accord pour le second tour. Sans succès ». La réunion « a duré une demi-heure » (Presse-Océan 22/03/11). Alain Gralepois, premier secrétaire de la fédération de Loire-Atlantique du PS, emploiera une formule délicate pour expliquer cet échec : « le mode de scrutin ne permet pas de répondre aux demandes écologistes » (id.). Un argument qui ne conviendra pas à Jean- Philippe Magnen (EELV), vice-président du conseil régional des Pays de la Loire : « j’ai le sentiment que les socialistes ne souhaitent pas voir l’évolution de l’électorat de gauche » (id.).  On pourrait ajouter que Jean-Marc Ayrault ne voulait surtout pas voir les Verts entrer au conseil général de Loire-Atlantique ; il les supporte déjà directement au conseil municipal de Nantes et indirectement au conseil régional des Pays de la Loire. Ca suffit comme ça, d’autant plus que le pilotage du dossier Notre-Dame-des-Landes exige le « consensus », donc la marginalisation de tous les opposants au projet.
Tout le monde a compris depuis longtemps qu’en matière de places, les Verts « ont faim ». Les socialistes ont mis quarante ans, en Bretagne, à faire leur pelote, accumulant mairies, conseil généraux et conseil régional. Ils en vivent bien, et n’ont nulle envie de faire des cadeaux aux écologistes qui sont d’abord, à leurs yeux, des concurrents, soucieux de les déposséder de leur patrimoine. « Ote-toi de là que je m’y mette ! », telle est la devise des écologistes en quelque sorte. Un parti solidement installé aux manettes ne peut que répondre « Le socialisme, c’est d’abord la défense de ma part de marché ».
C’est pourquoi dans sept cantons de Loire-Atlantique, au second tour, on a assisté à un duel PS/EELV – les autres candidats ayant été éliminés. Sept défaites pour les écologistes, mais avec des scores loin d’être ridicules, entre 35,44% à Saint-Nazaire Est et 46,35% à Nantes 3. Même s’il faut relativiser, compte tenu du niveau élevé de l’abstention (70,22% dans le premier cas et 71,14% dans le second).
« L’union est un combat » (Georges Marchais)Â
Il est intéressant – et amusant – d’observer ce que ces duels « fratricides » (?!) ont donné. Par exemple sur Nantes 3. Le 27 mars, le candidat socialiste perd 319 voix par rapport au total obtenu par la gauche le 20 mars. (Au premier tour, les candidats PG, PCF et POI avaient totalisé 481 suffrages. Au second, il apparaît que 319 d’entre eux ont choisi soit de s’abstenir, soit de voter blanc ou nul. Mauvais report donc). Tandis que le candidat d’Europe Ecologie progresse de 965 voix. A coup sûr, ces renforts proviennent des rangs des électeurs UMP et FN du premier tour. Sans discussion possible. On pourrait même soupçonner les électeurs frontistes d’avoir été les plus volontaires pour voter contre le candidat le plus emblématique du système, représenté ici par le PS.
Dans les six autres cantons, au second tour, on peut faire les mêmes constatations : le candidat socialiste ne fait pas le plein des voix obtenues par les différents candidats de gauche au premier tour ; au contraire le candidat d’Europe Ecologie progresse, avec l’aide des électeurs de l’UMP mais aussi du FN. On remarque ainsi que dans les 3 cantons sur 7 où le FN présentait un candidat au 1er tour, EELV réalise ses meilleurs scores au second tour. En doublant même ses voix à Saint-Herblain Est et à Saint-Nazaire Est.
Certes, dans ces sept cantons, les socialistes ont eu le dernier mot. Parfois haut la main, comme à Saint-Etienne-de-Montluc où le candidat PS devance, au second tour, le candidat écologiste de 2042 voix. Mais parfois avec un écart assez faible, comme à Savenay où le candidat PS ne devance le candidat EELV que de 227 suffrages. Autant dire qu’une nouvelle poussée d’Europe Ecologie – Les Verts gênerait considérablement le Parti socialiste puisqu’en cas de multiplication des duels, l’arbitrage reviendrait au second tour à l’UMP et au FN. Or, on l’a vu, voter « écolo » ne semble pas effaroucher les électeurs UMP, encore moins ceux du FN. C’est peut-être là que se trouve la grande nouveauté de cette consultation électorale.
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